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10/03/2008

Jean

 

Jean voulait partir. Il ne savait pas comment l'annoncer à son hôte. Elle allait pleurer... Il ne voulait pas qu'elle l'aime - parce que lui ne voulait pas de cet amour. Mais il savait que c'était trop tard : elle l'aimait d'amour et le lui avait dit la veille, dans un rayon de la lune montant.

Le soleil s'était levé. Jean avait enfilé un pantalon froid. Puis il était sorti. Il avait écouté ses pas dans la cour et, un sourire dans la joue gauche, avait fait fuir le chat noir qui dormait à un mètre du seuil de l'autre porte.

Marie se tenait là, debout. Elle avait les mains vides. Après cinq minutes, il le savait, un bras se lèverait pour repêcher un vilain cheveu gris à ressort... C'était un de ses réflexes de femme. Il ne s'attendait à rien d'autre.

- Vous avez quelque part où aller ?

- Non.

- Vous voulez partir, n'est-ce pas ?

- Oui, Marie, je veux vous quitter.

- Je ne peux pas vous dire de rester ici, mais voici l'adresse d'un ami qui vous aidera.

- Vous êtes sûre de n'avoir plus besoin de moi ici ?

- Oh oui, Jean, j'en suis certaine...

- ...Regardez-moi bien, Jeanne, et dîtes-moi la vérité.

- Oh Jean ! Je vous l'ai dite hier, vous ne vous en souvenez plus ?

- Eh bien...

- Oui ?

- J'ai peur de vous avoir fait du mal, d'avoir été trop brutal avec vous...

- Mais non, Jean ! C'est moi qui ai été un peu loin. J'aurais peut-être du attendre encore.

- Vous semblez espérer, attendre quelque chose de moi, toujours... J'espérais avoir été suffisamment clair et franc avec vous, Marie, en vous disant que je ne vous aimais pas.

- Vous ne m'avez pas laissé beaucoup de chances...

- Il y a donc longtemps que vous m'aimez ?

- Cela a-t-il de l'importance pour vous ?

- Non, vous avez raison. Cela ne changera rien puisque je pars.

- Je ne vous chasse pas, Jean...

- Je sais, je sais.

- Vous êtes tellement... imprévisible...

- Moi !

- Si... Je sens bien votre violence. Souvent, vous n'êtes plus vous-même, et cela se passe si vite...

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Lorsque je pense à vous, Jean, ce sont d'autres visages...

- Oui, continuez...

- Vous êtes, Jean, tantôt grossier, et ça, c'est quand vous vous croyez tout permis, parce que je vis seule... et que je ne suis pas de la ville. Il y a un Jean honnête : celui-là je l'aime bien, sauf qu'il est trop inquiet. Il y a un tueur qui assassinerait bien mon chat s'il ne lui préférait sa maîtresse !

- Que dîtes-vous, Marie !

- Je me tuerais que cela ne changerait rien non plus au cours de votre vie !

- Vous êtes trop vieille, Marie...

- Quel âge croyez-vous bien que j'aie, Jeannot ?

- Taisez-vous, Marie, vous parlez comme un rustre !

- Comme vous, dans votre premier rôle...

- La vie n'est pas si simple, Marie.

- Oh si... et vous mourrez de m'avoir trop aimée.

- Avons-nous dormi ensemble, Marie, je veux que vous me répondiez !

- Nous sommes comme emportés, Jean : c'est la même chose !

- Non, Marie, et je vais vous le montrer ! Déshabillez-vous, devant moi !

- Non - entrons, je ne veux pas que l'on nous voie...

- A bientôt... Marie.