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  • Hivers trépassés

     

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    Allarmés par des cris sournois - les enfants s'étaient massés autour d'elle, les yeux grossis par des cils qui les arrondissaient drôlement... les faisant pareils à deux soleils noirs, détrempés - pour une algue marine, et perdus - pour deux araignées.

     

    Ses enfants - auxquels j'appartiendrais pour quelques longs hivers trépassés - compliqués, vagues et muets. Des enfants qu'elle écoeurait, par le spectacle de seins nus avides d'un rien mais flamboyants d'amour déçu... un soir, une nuit, où tout avait été inventé...

     

    Il me faudrait maintenant tout raconter, pour faire d'une histoire sans gazon un très grand pâturage pour ces âmes esseulées parmi tant d'armes, sur un champ après la bataille qui dura, seulement, quelques instants.

     

      

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  • La pauvre

     

     

    Nous passions la soirée au bord du lac, assis bien tranquillement, lorsqu'elle nous apparut, affalée au bas de son arbre ancestral. La pauvre devait avoir souffert... et ses membres caoutchouteux... et sa frise, défaite, comme une vieille permanente... et son bourrelet au ventre, et tout ça... rien de très grisant, vous savez ?

     

    Nous étions en bas d'un grand talus qui présentait une faible pente, voyez-vous ? Nous tenions le bas de la pente, elle était en haut, tiens, comme c'est drôle... On aurait dit une peinture, vous savez, une scène mythique. Mais quelle déesse aurait été s'oublier là, dans ce coin perdu, où seuls des imbéciles comme Nadine et moi pouvions nous plaire !

     

    Elle n'a pas plu à Nadine, qui est une femme finie. Enfin, pas finie, non, ce n'est pas ce que je voulais dire... Je vois Nadine comme une brune dure écartelée entre le plaisir de plaire, et le désir de ne pas plaire... entre le plaisir et le déplaisir... c'est exactement ça ! Nadine est jeune et dure comme un fruit cueilli pas encore mûr...

     

    L'autre est... et bien justement : elle n'est pas ! Vous allez penser que je suis fou, n'est-ce pas ? Fou parce que cette femme que j'ai follement aimée, j'ai voulu la représenter, sous les traits d'une modernité trop vivante, toujours en marche... sans décadence. Fou de n'avoir rien fait...

     

    Je l'ai peut-être rêvée. J'ai peut-être tout rêvé. Mais posez-vous la question de savoir... Si j'avais rêvé ? Je me serais levé, et j'aurais été surprendre cette garce qui avait du... Je l'aurais trompée à ma guise, Nadine. Et bien... que croyez-vous que j'aie fait !

     

    Non ! Je ne l'ai pas tuée, elle est tombée toute seule... ou bien quelqu'un d'autre l'a tuée. Qui ? 

     

     

     

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  • Son pas

     

    L'entrée avait été condamnée. Nous faisions le tour pour atteindre la porte principale - que j'imaginais volontiers. Mais des sandales trop ouvertes devaient la gêner. Puisqu'elle ralentissait la marche, je lui dis de les enlever... Elle ne voulut pas - prétextant qu'elle aurait mal. Je la saisis par le bras pour la faire céder...

    Elle aurait du comprendre que ses pas, dans mon dos - me rendaient obsessionnel, maladif, et invivable !

    Son pas - qui s'enfonçant dans l'épaisseur du gravier, ne lui laissait qu'une chance sur deux de tomber et de se relever - avec la marque d'un caillou denté qui n'aurait pas percé la chair, mais néanmoins - aurait laissé perler le sang...

    Cette idée sans image à toucher m'était insupportable !

    Le sable, clandestin d'une semelle de cuir - le sable... provoquait une sensatoin aussi désagréable au pied qu'à la bouche qui a faim. Il m'obsédait me laissant vide, comme cette poupée de cire - qu'elle allait garder toujours avec elle - sa robe en adhésif flottant comme un drapeau...

    Je lui dis qu'elle pouvait partir, que je ne voulais plus d'elle. Elle me laissa seul.

    J'entendis des sanglots, tandis qu'elle - érosive, repassait l'angle... Je courus après des cheveux nauséabonds, pour empoigner une tête : si seulement elle avait pu lâcher ce masque ! Elle résistait, encore et de trop. Alors, j'ai coupé la tête, comme on taille un rosier - par nécessité.

     

     

     

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  • Non, non.

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    Le petit homme allait toujours précédé de son chien sur la route où j'aimais à me promener seule. Lorsque j'arrivais à sa hauteur, je gardais alors les yeux rivés sur sa main gauche qui enserrait le pommeau de sa belle canne...

     

    Ce jour-là, il n'était pas tard. Il apparut devant mes yeux remplis du plaisir de le rencontrer. Nous avons parlé.

     

    - Comment t'appelles-tu ?

     

    - Armande ?

     

    - C'est joli...

     

    - Et toi ?

     

    - Pierre.

     

    - On ne peut pas dire que ce soit joli...

     

    - Tu peux m'appeler comme tu voudras !

     

    - Alors, Pierre !

     

    - Tu marches longtemps comme ça ?

     

    - Tu veux dire : depuis longtemps ?

     

    - Non, non.

     

    - Alors, qu'est-ce que tu veux savoir ?

     

    - Si tu sais où tu vas...

     

    - Oui, bien sûr, je vais sous le soleil de midi rendre visite à ma tante qui m'attend.

     

    - Et s'il t'arrivait quelque chose ?

     

    - Quoi ?

     

    - Je ne sais pas, moi, par exemple, si tu tombais à genoux...

     

     

     

     

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  • Ne fais pas ça, Pierre !

     

     

    - Je ne remonterai jamais plus sur scène...

     

    - Ne fais pas ça, Pierre !

     

    - Et pourquoi pas ? Je n'en ai plus envie, tout m'ennuie, ce réverbère artificiel, posé là, au milieu, présent comme l'arbre au zoo... Non ! Je n'en peux plus, je n'en veux plus !

     

    - Calme-toi...

     

    - Il me regarde, je le salue, je m'apprête à lui pisser dessus quand, "pintch", on me rétribue de cette géniale attention par un coup de pied !

     

    - Et alors...

     

    - Et alors ? Tu ne comprends pas ? Je n'ai plus besoin de me regarder dans la glace, je suis ce chien de Chrétien, cet animal en cage, ce petit oiseau noir...

     

    - C'est merveilleux !

     

    - Merveilleux. Tu parles comme une femme couverte de bijoux.

     

    - Pardon. Moque-toi de moi...

     

    - Mais non... tu sais bien que je n'aime pas ça. Tout ça ralentit ma marche, tu n'entends pas ?  Tu es comme moi, comme moi je suis toi, tu es verte, je suis bleue, tu es l'eau et la vase ! Je suis l'eau du fleuve.

     

    - Tu vois bien que tu y es arrivé...

     

    - Mais à quoi ?

     

    - A jouer, devant moi, pour moi, avec moi, en moi, derrière moi...

     

    - Juliette, c'est à ton tour de te moquer ?

     

    - Quelle question ! Je t'aime bien trop pour ça.

     

    - Alors, pourquoi m'ennuyer avec toutes ces sornettes, cette représentation, cette hallucinante histoire d'amour ou de fesse. Pourquoi ? Veux-tu me mettre en colère... Je te menace, si tu ne te tais point.

     

    - Menace ! Et c'est à moi de monter en couleur ! Mon chapeau s'envole !

     

    - Rattrappe-le ! Allons, cours, lève les bras au ciel, baisse les mains, plus vite, plus bas, ramasse...

     

    - Ouf ! Comme ça c'est beaucoup mieux. Je le tiens fort, il ne s'en ira plus.

     

    - La place d'un chapeau est sur une tête, Madame...

     

    - Et celle d'un comédien ?

     

    - Dans la vie, Madame.

     

    - Non. Car la vie est noire comme un carré de chocolat.

     

    - Comment ?

     

    - Elle est noire, toute noire, eau noire, de l'encre noire...

     

    - Et le corbeau est blanc ?

     

    - Exactement.

     

     

     

     

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  • Cette poésie

     

    Les automobiles passaient pavoisant sous des yeux impassibles, les miens, et les eaux indicibles de mes rumeurs passées comme des nuages en fumée, tout cela s'en allait : cible, pas cible, sensible et passible de riens...

    Les sifflements, concaves, de leurs tambours remplissaient mes oreilles d'un liquide froid comme de la mort, présentée comme la maîtresse d'un autre, brune aux traits marqués, mais belle et désirable.

    Cette poésie qui effleurait à mes lèvres engourdies, rappelant l'écume des vagues, la bave d'un chien enragé, que fallait-il en faire ? Un enfer facile à déchiffrer, à dénombrer, à nommer. Cet enfer pour moi avait un nom.

    Antoine garçon enchantait mes nuits, quand il les fréquentait de ses orages pleins de grosse pluie : il faisait ruisseler mes pleurs d'un sage ennui. La mort alors était loin, et l'amour perdu en mer. J'étais libre d'explorer les étoiles lointaines, libre de rester, loin de lui, avec toi qui me perdais.

     

     

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  • Vous êtes au courant ?

     

     

    1049107072.jpgL'armature de son soutien-gorge ne semblait pas bien assurée, prête à laisser dépasser la chair du sein par le bas, puis le sein entier : c'était à prévoir : je décidai pour ma part d'en profiter. Il fallait échafauder vite fait un plan d'action. Oui, l'obliger, elle, à lever les bras, très longtemps...

     

    Le problème était qu'elle ne portait pas tous les jours le même soutien-gorge. il y en avait un bleu et un rose, comme dans les pensionnats de jeunes filles ! Penses-tu... il fallait voir le texte, la texture. Déshabillez-moi de bonne heure, car ma dentelle est fatiguée. Ou bien, ne faites pas de bruit, vous allez déranger le locataire du premier...

     

    J'aimais encore mieux celle du singe. Que je la raconte ? Non mais ça ne va pas ? Je tiens à ma réputation, moi ! Et puis, le temps passe pour tout le monde ! Pour elle, comme pour moi, tiens. Elle a vendu la mèche ? Vous êtes au courant ? Non ? Alors, pourquoi restez-vous là à me regarder ? 

     

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  • Vert

     

    La brousse, ce monde inconnu et vert, auquel j'attribuais toutes les boissons où je baignais, serein, abrupt et conifère !

     

     

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  • Adèle

     

     

    Adèle avait trois ans. Son bonnet bleu posé sur la tête comme une bouilloire prête à trembler, elle était fière de ressembler à une négresse, au port royal descendant la route sablonnée qui menait à la ville la plus proche.

     

    Adèle croyait qu'il s'agissait d'un bonnet, mais elle comprit sa faute lorsque son père de lui ôta - pour l'enfiler à son pied - en regardant sa mère d'un air perplexe. Beaucoup plus tard, elle sut qu'il s'agissait d'une chaussette.

     

    La jeune fille, aujourd'hui majeure, se rappelait cet épisode - surtout pour retrouver l'essence d'un rêve, et voyager sur le continent déjà imaginé... l'Afrique.

     

    Elle était capable maintenant de sentir toutes les odeurs, et le picotement du soleil sur sa peau, de voir la mer, et les étoiles, et des parcelles de terre.

     

    Prête pour l'aventure, elle gardait comme un souvenir ce soleil dans son coeur, prête à plonger pour s'y réchauffer. Adèle avait quelques fois entendu parler de ce continent.

     

    Elle décida un jour d'y partir pour que son rêve devienne réalité, pour rencontrer les êtres, les compagnons de route, de la femme à la cruche, dont elle percevait alors déjà le souffle...

     

    Adèle mourut pendant la traversée, d'un amour infidèle pour un rêve passé, dont l'histoire vivante n'avait que faire, l'ayant laissé passer, vibrer comme la corde d'un pendu. Adieu, adieu le vent...

     
     

     

     
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  • J'aime !

     

    J'avais entre dix et trente ans, mais déjà les riches boucles de bronze qui couraient sur mon cou me chatouillaient quand l'homme, ou le vent, y glissait ses doigts... Des doigts propres, frais, comme un nid à l'automne.

    Mon amour est parti en vain. J'ai trente et un an et l'estomac vide. Un trou à la place des poumons ! L'abîme au creux des cieux... C'est la ritournelle des sens mauvais, il ne reviendra pas et s'il revenait, ce serait pour personne.

    J'aime ! Ha ! Que j'aime, que j'aime ! Que j'aime à me savoir aimée, adulée choyée, dorlotée, aimée, adulée... Quel est son prénom, son prénom... Flûte ! J'ai oublié...

     

     

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  • Moineau

     
     
     
     
    Un moineau pissait le sang. Le chat ne s'en préoccupait guère...
     
     
     

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  • Jean

     

    Jean voulait partir. Il ne savait pas comment l'annoncer à son hôte. Elle allait pleurer... Il ne voulait pas qu'elle l'aime - parce que lui ne voulait pas de cet amour. Mais il savait que c'était trop tard : elle l'aimait d'amour et le lui avait dit la veille, dans un rayon de la lune montant.

    Le soleil s'était levé. Jean avait enfilé un pantalon froid. Puis il était sorti. Il avait écouté ses pas dans la cour et, un sourire dans la joue gauche, avait fait fuir le chat noir qui dormait à un mètre du seuil de l'autre porte.

    Marie se tenait là, debout. Elle avait les mains vides. Après cinq minutes, il le savait, un bras se lèverait pour repêcher un vilain cheveu gris à ressort... C'était un de ses réflexes de femme. Il ne s'attendait à rien d'autre.

    - Vous avez quelque part où aller ?

    - Non.

    - Vous voulez partir, n'est-ce pas ?

    - Oui, Marie, je veux vous quitter.

    - Je ne peux pas vous dire de rester ici, mais voici l'adresse d'un ami qui vous aidera.

    - Vous êtes sûre de n'avoir plus besoin de moi ici ?

    - Oh oui, Jean, j'en suis certaine...

    - ...Regardez-moi bien, Jeanne, et dîtes-moi la vérité.

    - Oh Jean ! Je vous l'ai dite hier, vous ne vous en souvenez plus ?

    - Eh bien...

    - Oui ?

    - J'ai peur de vous avoir fait du mal, d'avoir été trop brutal avec vous...

    - Mais non, Jean ! C'est moi qui ai été un peu loin. J'aurais peut-être du attendre encore.

    - Vous semblez espérer, attendre quelque chose de moi, toujours... J'espérais avoir été suffisamment clair et franc avec vous, Marie, en vous disant que je ne vous aimais pas.

    - Vous ne m'avez pas laissé beaucoup de chances...

    - Il y a donc longtemps que vous m'aimez ?

    - Cela a-t-il de l'importance pour vous ?

    - Non, vous avez raison. Cela ne changera rien puisque je pars.

    - Je ne vous chasse pas, Jean...

    - Je sais, je sais.

    - Vous êtes tellement... imprévisible...

    - Moi !

    - Si... Je sens bien votre violence. Souvent, vous n'êtes plus vous-même, et cela se passe si vite...

    - Qu'est-ce que vous voulez dire ?

    - Lorsque je pense à vous, Jean, ce sont d'autres visages...

    - Oui, continuez...

    - Vous êtes, Jean, tantôt grossier, et ça, c'est quand vous vous croyez tout permis, parce que je vis seule... et que je ne suis pas de la ville. Il y a un Jean honnête : celui-là je l'aime bien, sauf qu'il est trop inquiet. Il y a un tueur qui assassinerait bien mon chat s'il ne lui préférait sa maîtresse !

    - Que dîtes-vous, Marie !

    - Je me tuerais que cela ne changerait rien non plus au cours de votre vie !

    - Vous êtes trop vieille, Marie...

    - Quel âge croyez-vous bien que j'aie, Jeannot ?

    - Taisez-vous, Marie, vous parlez comme un rustre !

    - Comme vous, dans votre premier rôle...

    - La vie n'est pas si simple, Marie.

    - Oh si... et vous mourrez de m'avoir trop aimée.

    - Avons-nous dormi ensemble, Marie, je veux que vous me répondiez !

    - Nous sommes comme emportés, Jean : c'est la même chose !

    - Non, Marie, et je vais vous le montrer ! Déshabillez-vous, devant moi !

    - Non - entrons, je ne veux pas que l'on nous voie...

    - A bientôt... Marie.

     

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  • Dommage

     

    En martelant du bout de l'ongle le cahier vert dont la couverture luisait comme un château de sable, d'où s'envolaient à tout jamais les ailes de nos rêves, j'envoyais des baisers au maître idéal.

    Il était beau. Il était bon. Il m'aimait. Je l'aimais. Moi qui l'acclamais toute seule mieux et plus fort qu'une foule en émoi. Il sursautait à chacun de mes soupirs et c'était comme un feu, que l'on éteint bien de ses larmes...

    Son cadavre étrange en marchant paraissait sourd. Lourd de puiser dans la mine la force étranglée. Il était court, beaucoup trop court pour m'accompagner. Dommage. il était trop pour.

     

     

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  • Charlotte ?

    - A vos trousses ! Une !

    - ...ça ne vas pas ?

    - Et pourquoi pas, mon Amour... pourquoi pas !

    - ...tu me touches... je te touche...

    - Je-ne-te-toucherai-plus !

    - On arrête ?

    - On arrête quoi !

    - Du silence... s'il-te-plaît.

    - Je te rends peut-être fou, Charles, mais toi, tu éteins toutes mes ardeurs, tu fais ternir tous mes rêves, tu développes en moi...

    - Oui, je sais... Une capacité de parole où la parole rend fou.

    - Et toi, tu abrèges, tu coupes ! J'en ai... marre !

    - Tu étais pourtant bien partie.

    - Tu crois mon Chéri, tu crois que j'allais te séduire ? Tu savais que nous allions nous entendre ! Et tu as voulu me faire tomber... cramoisie... par les sels... tu n'es qu'un beau salaud, voilà !

    - Voilà ce que tu es... ma Chérie, tu t'oublies ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Décidément...

    - Décidément quoi ?

    - Tu vas finir par me faire croire que nous ne nous aimons pas...

    - Tu sais, Charles, je finirai par me le demander...

    - Réflexe, Charlotte, réflexe de la bonne chair. Ca ne te fera pas de mal, allons... un petit coup de rouge sur tout ça, et personne n'y verra que du feu... Tu ne crois pas ?

    - Oh ! mais tu es... le diable !

    - Vraiment. Veux-tu faire sa connaissance ?

    - En privé, oui.

    - Qu'est-ce que je te disais ?

    - Alors là, non, franchement, tu me déçois. Faire frémir ma sensibilité aventureuse, aussi bien... aussi longtemps, pour rien, ou plutôt non, pour moins que rien, pour une blague - et grossière avec ça ! pour rien au bout... Comme si je ne m'en apercevais pas, mille et une fois, de cette tendance - inscrite en moi, dans ma chair, dans l'âme...

    - ...Alors, on trinque à la baise ?

    - Mais qui es-tu, Charles !

    - Charlotte ?

    - Oui...

     

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